Sittwe, Mrauk U et la Remontée du Kaladan

Loin des « sentiers battus », si tant est que cette expression ait un sens en Birmanie, la région de Sittwe offre l’occasion d’un voyage singulier. A quelques encablures d’un Bangladesh qui le marque de son influence, et déjà assez éloigné de la grande plaine centrale birmane pour s’en émanciper culturellement, l’Arakanais est un pays à part. Notre petit périple fluvial nous a conduit de Sittwe, la capitale de l’Arakanais, aux villages isolés de l’Etat Chin, sous une chaleur écrasante.

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Sittwe


Si le drapeau birman ne flottait pas au-dessus de l’aéroport de Sittwe, on serait tenté de croire que l’avion a été détourné sur le Bangladesh voisin. Un autre monde s’offre en effet à nous, incontestablement marqué par l’influence du sous-continent indien. Se plonger au cœur de la ville, arpenter le port et son marché, c’est découvrir, ou re-découvrir, que le sud-est asiatique n’est pas un espace figé mais une terre de mouvements, où les hommes se croisent et apprennent, souvent difficilement, à vivre ensemble. Des pêcheurs musulmans que l’on croise sur le port aux habituelles colonnes de moines bouddhistes qui sillonnent la ville , en passant par les marchands de charbon, les troupeaux de bovins sur la plage et les images traditionnelles de la Birmanie Sittwe mérite que l’on s’y attarde ; et son site exceptionnel, entre mer et fleuves, comblera de surprises les voyageurs fouineurs. C’est d’ailleurs en remontant l’un d’entre eux, le Kaladan, que l’on accède à l’un des joyaux archéologiques de l’Asie : Mrauk U, l’ancienne capitale de l’un des royaumes les plus puissants de Birmanie .

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Mrauk U


Six heures de bateau sont nécessaires pour atteindre cette cité qui fut la capitale de la dynastie de Mrauk U entre 1430 à 1784. Au milieu du XVIe siècle, qui correspond à l’âge d’or du royaume, le roi Minbin régnait en maître sur la région, grâce notamment à une flotte de plus de 10 000 navires de guerre. Aujourd’hui, plus de 150 temples essaiment le long des collines et des rivières, dans un paysage où les jeux de lumière offrent des spectacles sans pareil. Mais le plus beau est sans aucun doute à l’intérieur où, au bout de quelques minutes d’exploration, on se laissera sans trop résister transporter dans la peau d’un Indiana Johns en quête de trésors engloutis par la jungle. Mais Mrauk U n’est pas une ville morte et son marché est un lieu d’échanges haut en couleurs, passage obligé avant de continuer sa route vers les villages reculés de l’Etat Chin.

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Remontée du Kaladan


La remontée du Kaladan jusqu’aux villages Chin est tout simplement à couper le souffle. Les eaux vertes du fleuve ne sont troublées que par le passage des bateaux qui descendent le fleuve à la voile et le remontent à la rame, ajoutant au paysage la poésie de patchworks colorés. La vie paraît tranquille le long de ce fleuve majestueux de silence, mais la réalité d’un passé révolu surgit lorsque l’on atteint les villages. Des femmes, heureusement âgées car cette pratique n’existe plus, exhibent sans grande fierté des tatouages qui barrent leurs visages de toiles d’araignées. Ce tatouage traditionnel, pratiqué exclusivement sur les femmes dès leur plus jeune âge, visait à les enlaidir pour décourager les rapts qui étaient fréquents lors des guerres tribales. Heureusement, le Tanaka a pris aujourd’hui le dessus, offrant un visage plus doux de la Birmanie .

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Villages chin


Etre femme dans l’Etat Chin a longtemps été synonyme d’une pratique d’un autre âge, qui consistait en un tatouage extrêmement douloureux en forme de toile d’araignée. Objectif annoncé par les hommes : éviter qu’elles ne soient kidnappées lors des attaques des ethnies voisines …

… heureusement, la nouvelle mode est quand même beaucoup plus sympathique.

Sébastien R.